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SIX DEGRES DE SEPARATION

A travers l’histoire d’une famille qui se fait berner par un élégant jeune homme, la naiveté de la bourgeoisie américaine libérale et les effets dévastateurs d’une imposture sur la vie d’une famille « politiquement correcte ».

D’après la pièce éponyme de John Guare, Six Degrés de séparation se présente comme une satire sophistiquée de la bourgeoisie new yorkaise nageant en pleine vague de préjugés raciaux et politiques. Le jeune homme qui vient perturber la vie très rangée d’un couple de riches intellos se fait passer pour le fils de Sidney Poitier et prétend avoir été agressé pour toucher ainsi leur corde sensible, mais son imposture n’a d’égale -on va le comprendre au fur et à mesure du récit- que le simulacre dans lequel ses « victimes » vivent au quotidien, entre hypocrisies, compromissions, superficialité. Autant d’éléments négatifs que l’on perçoit clairement dans les séquences de diners mondains où le couple raconte à qui mieux mieux la mésaventure qu’ils ont vécu. Soutenu par des dialogues très écrits et nombreux, le script met la barre assez haut et le réalisateur Fred Schepisi se réfugie derrière une mise en scène très théâtrale pour leur apporter vie et consistance. Il alterne les séquences par l’entremise d’un montage rythmé et étonne par un ton spirituel inattendu dans le cinéma américain. Tout du long, on ne sait pas très bien quoi penser du personnage de Paul: est il un simple roublard doublé d’un escroc sans scrupules? cherche t’il à exister à travers les autres en les manipulant et en testant leur crédulité? Entre comédie et drame, Six degrès de séparation séduit progressivement, non sans trainer un peu en longueurs dans son ultime tiers. L’érudition des personnages, le vernis clinquant des apparences, le bagout et l’élégance poussés à l’extrême: ces aspects déterminent la hiérarchie sociale et Schepisi traite au fond de l’être et du paraître en dénonçant « gentiment » l’homophobie latente, l’obsession de l’argent et le manque de courage.

En bobos choqués d’avoir été dupés, Donald Sutherland et Stockard Channing trouvent une matière idéale pour faire valoir leur jeu et inspirent des sentiments ambivalents. Dans l’un de ses premiers grands rôles, Will Smith incarne l’élément perturbateur au charme immense, se rapprochant dans ce sens de Terence Stamp dans Théorème de Pasolini. Son audace réelle (jouer un jeune Noir à double visage, homosexuel, affabulateur) fut payante puisqu’elle lui permit ensuite d’entamer la longue carrière que l’on sait. Un réalisateur plus aguerri que Schepisi aurait été sûrement davantage en phase avec l’ambition du texte et le résultat final y aurait gagné en intensité. Il n’empêche que l’ensemble ne manque pas de qualités réelles et sort du lot de la production américaine indépendante.

ANNEE DE PRODUCTION 1995.

 

 

 

REVIEW OVERVIEW

Réalisation
Scenario
Interprétation

CONCLUSION

Un texte riche et fourni aboutit à une satire en règle des intellos new yorkais. Dommage que la réalisation de Schepisi ne sorte pas du cadre théâtral classique. Bon casting, surtout Will Smith dans un contre emploi des plus séduisants.

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