Antoine arrive à Tanger pour superviser un chantier dans une zone de travaux. Mais le but secret de son voyage est de retrouver Cécile, son premier amour, qu’il n’a jamais pu oublier et qui s’est mariée depuis avec un médecin, dont elle a eu un fils. Cécile est surprise de le revoir et ne répond pas du tout à ses « nouvelles » avances…
André Téchiné s’y entend pour nouer des destins croisés, parler des sentiments d’autrui, révéler les blessures des amours passés, et Les temps qui Changent semble être une petite synthèse de tout son cinéma. On y retrouve son lyrisme habituel, son style brut, ses dialogues écrits qui paraissent pourtant couler de source, son romanesque échevelé. Tournant de nouveau à Tanger qui parait beaucoup l’inspirer après Loin, le réalisateur de Ma Saison Préférée scrute au microscope la passion amoureuse d’un quinquagénaire pour la femme qu’il a aimé jadis et qu’il poursuit de nouveau de ses assiduités. Mais pas seulement… il inclut aussi un jeune homme en couple hétérosexuel qui vient à Tanger pour vivre en parallèle son homosexualité, deux soeurs jumelles qui ne se comprennent plus, comme pour ajouter des éléments traduisant l’inéluctabilité du temps qui passe et qui change les êtres. Avec une mélancolie assumée, Téchiné regarde ses personnages vaciller, se relever, espérer encore, évaluer à la fois leur passé et leur avenir. Le reproche le plus flagrant que l’on puisse adresser est le peu de soin apporté à la photographie, comme si Téchiné n’avait jamais cherché à magnifier ses images, tel un reportage pris sur le vif. La caméra, sans cesse en plein mouvement, accompagne les changements d’humeur, de désir, de sentiments pris dans un scénario moins « fourre tout » qu’il n’y parait.
Cependant, soyons honnêtes, le principal atout réside dans les retrouvailles du couple Deneuve/Depardieu, liés par une histoire de cinéma débutant avec Le Dernier Métro, autre film romantique par excellence. Truffaut et Téchiné étant finalement assez proches dans leur vision de l’amour. Ils rejouent ensemble avec un plaisir qui se voit et se déguste et rend le tout extrêmement poignant. Leurs partenaires (Malik Zidi, Lubna Abazal et un étonnant Gilbert Melki en mari médecin cool et pas jaloux) les secondent agréablement. Cette comédie dramatique aux accents clairement truffaldiens ne parait jamais très grave et crée pourtant d’authentiques émotions. On peut aisément le ranger parmi les belles dernières réussites de Téchiné.
ANNEE DE PRODUCTION 2004



