MELO

Pierre, violoniste, invite un soir un de ses amis musiciens, Marcel Blanc. Il lui présente sa femme Romaine, pétillante et enjouée. Ils dinent tous trois agréablement. Ce qu’ignore Pierre, c’est qu’il suffira de cette simple soirée pour que Romaine et Marcel tombent éperdument amoureux l’un de l’autre et entame très vite une liaison adultère…

Cinéaste des passions humaines, l’immense Alain Resnais adapte une pièce de boulevard signée Henry Bernstein, écrite au milieu des années 20, en garde les symboles originels avec le rideau de théâtre (qui ouvre et achève le film), des décors en intérieurs enfermant encore un peu plus le trio amoureux dans leurs destinées. Ces deux hommes, amis assez proches, vont aimer la même femme, mais plutôt que de trahison, il s’agit davantage de traiter du mensonge, de la dissimulation de sentiments. Le film démarre sur un dialogue presque badin, en tout cas inoffensif, puis au fur et à mesure tisse un mélodrame déchirant dont l’issue ne peut être qu’une tragédie. Le texte et l’écriture de Resnais (fidèle au dramaturge) sont tout simplement merveilleux d’intensité et de profondeur, on y mesure la beauté de la langue française. Soutenue par une réalisation dont l’épure confine au génie, cette oeuvre fine, hyper sensible utilise beaucoup le procédé du champ/contre champ avec maestria (là où d’autres cinéastes sans talent s’en servent par manque de point de vue). Les mouvements de caméra, très chorégraphiques, servent admirablement la ronde amoureuse de ces protagonistes tantôt lâches, veules, séducteurs, désemparés. Il fallait des comédiens de haut vol et Resnais retrouve ses mêmes interprètes que L’Amour à Mort.

Pierre Arditi et André Dussollier n’ont peut être jamais été meilleurs, précis et pointus dans leur rôles respectifs de mari et d’amant. Quant à Sabine Azéma, elle est bouleversante au delà des mots, tour à tour piquante, songeuse, irrésolue et enfin plongée dans des abîmes de désespoir. Elle remporta un César de la meilleure actrice tout à fait mérité. Sans le moindre score musical, si ce n’est les morceaux joués par les acteurs eux mêmes, Mélo nous cueille par sa simplicité, sa grandeur d’âme, assumant les artifices de sa théâtralité jusqu’au bout, avec un dernier acte d’une puissance émotionnelle jamais égalée dans la carrière d’Alain Resnais, pourtant bien fournie en réussites majeures. Loin de l’austérité de Hiroshima mon amour ou L’année dernière à Marienbad , cette fois on assiste là à un miracle tout à fait prodigieux.

ANNEE DE PRODUCTION 1986.

REVIEW OVERVIEW

réalisation
scenario
interprétation

CONCLUSION

Resnais atteint la perfection à tous les niveaux (écriture, style, mise en scène). Emouvant et déchirant. Sabine Azéma fantastique. Performances de Dussollier et Arditi inoubliables.

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