SAINT OMER

Rama, jeune romancière enceinte, assiste au procès de Laurence Coly à la cour d’assises de Saint Omer. Cette femme est accusée d’avoir tué sa petite fille de 15 mois en l’abandonnant à la marée montante sur une plage du Nord de la France. Cependant, au cours des débats, la parole de l’accusée, l’écoute des témoignages, font vaciller les certitudes de Rama et interrogent notre jugement.

A l’origine de son parcours, Alice Diop s’inscrit d’abord comme réalisatrice de documentaires et fait là ses premières armes dans le cinéma de « fiction ». Fiction relatant tout de même un fait divers glaçant et bien réel: celui de cette mère infanticide, jugée pour cet acte que le commun des mortels trouve monstrueux. L’intrigue se déroule donc au vrai Palais de Justice de Saint Omer, afin d’accentuer un peu plus la sensation de réalisme total et une fois le décor planté, nous assistons à un film de procès… assurément pas banal. Un travail d’écriture très exigeant accouche de dialogues ou de monologues hyper construits, le langage étant mis en avant, même au dépens de la mise en scène (plus discrète ou du moins plus en retrait). Alice Diop sonde l’âme de cette femme érudite, éduquée, s’exprimant avec clarté et tente de comprendre son geste fou, à travers son passé, sa culture, ses croyances. S’inspirant autant du mythe de Médée que de sorcellerie africaine, le fil du scénario nous pose en témoin direct des confessions de l’accusée, des interventions des avocats et de celle du magistrat. Le parallèle entre la jeune romancière venue faire un compte rendu des débats et la « mère meurtrière » complexifie un peu plus un propos déjà dense.

Oppressant par ses lieux clos (la cour d’assises, la chambre d’hôtel et la prison mentale de l’héroïne), Saint Omer pose des questions cruciales sur la justice bien sûr, mais au delà sur l’humain, sur les failles indicibles qu’un être porte en lui, et sur des actes qui dépassent l’entendement. La jeune actrice Kayige Kagame est très émouvante, mais sa partenaire Guslagie Malanda, au visage impénétrable, s’avère vraiment formidable, elle arrive jusque dans ses silences à faire exister cette femme complexe. Primé à Venise d’un Lion d’Or, le film est déjà promis pour représenter la France aux Oscars: des voix s’élèveront sûrement pour lui reprocher son aridité réelle, mais le cinéma sert aussi à se questionner, à ne pas rester englué dans ses idées figées.

ANNEE DE PRODUCTION 2022.

REVIEW OVERVIEW

réalisation
scenario
interprétation

CONCLUSION

Evocation d'un fait divers effroyable par Alice Diop. Mise en scène tout au service d'un texte exigeant et d'une interprétation exceptionnelle.

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