Peu avant le coup d’État chilien de 1973, deux agents de la CIA, Chris et Lee, sont envoyés de Santiago vers l’île de Pâques par leur supérieur, MJ. Au milieu des statues emblématiques de l’île, tandis que ces partenaires de longue date sont confrontés à leur sombre passé et aux complots en cours, Chris noue une relation avec deux étudiantes rebelles qui menace de faire basculer dans le chaos leur séjour dans ce paradis isolé…
Avec ce cinquième long métrage, l’irlandais Martin MacDonagh nous convie à une tragi comédie noire et savoureuse à la fois dans laquelle on retrouve son sens du dialogue aiguisé, ses répliques cyniques et sa manière très théâtrale de mettre en scène. Comme pour son précédent opus, Les Banshees d’Inisherin, il allie la légèreté à la gravité, la vie à la mort, l’amitié à l’épreuve du temps qui passe et du passé lourd à porter. Soit deux agents vieillissants de la CIA, dont l’un est même carrément en fin de vie et condamné par la maladie, dans un décor aussi merveilleux que « lunaire »: Rapa Nui autrement dit l’Ile de Pâques et ses fameuses têtes en pierre alignées sur des kilomètres. Autant dire qu’avec ces éléments là, nul besoin d’une intrigue touffue, d’ailleurs elle passe au second plan et subsiste d’abord le plaisir des échanges entre les deux hommes, teintés d’amertume, de souvenirs, et d’une mélancolie profonde. Pourtant, le film ne devient jamais vraiment triste, par la force de l’humour qui s’en dégage et par la personnalité fracassante de ces deux interprètes, sur laquelle repose une bonne part du script.
Wild Horse Nine évoque l’assassinat de Kennedy, la Baie des Cochons et surtout le coup d’Etat militaire de Pinochet qui allait plonger le Chili dans une sanglante dictature avec un regard et un ton à la limite de l’ironie sur l’impérialisme américain et offre dans le même temps un voyage original dans un coin du monde très peu utilisé au cinéma. On se régale enfin avec le duo d’acteurs, composé d’abord de Sam Rockwell, toujours très bien, après sa formidable prestation de 3 Billboards (également de MacDonagh) et surtout de John Malkovich, si rare sur les écrans depuis trop longtemps et qui nous rappelle quel p…. d’immense acteur il est! Un Oscar lui pend d’ailleurs au nez avec de fortes probabilités de victoire! Dans un esprit proche des Frères Cohen auxquels on pense souvent, Wild Horse Nine nous entraine dans les états d’âmes de deux tueurs loquaces, unis par une amitié émouvante, libres comme deux chevaux sauvages galopant en pleine nature.
ANNEE DE PRODUCTION 2026.



