1944. Alors qu’il revient dans sa ville natale pour une permission de trois semaines, Ernst Graeber, jeune soldat allemand envoyé sur le front russe, rencontre Elisabeth Kruse, dont il tombe amoureux. Mais la guerre qui continue va bouleverser leur histoire…
Pour illustrer par l’image le beau roman d’Erich Maria Remarque, il fallait aux commandes un maitre absolu du mélodrame et dans la décennie 50, nul autre que Douglas Sirk ne pouvait prétendre à ce titre! Le Temps d’aimer et le temps de mourir, film de guerre et d’amour mêlés, suit la destinée tragique d’un jeune soldat allemand et de la fille dont il s’éprend au milieu des décombres et des bombes dans un Berlin défiguré. On le sait depuis La Ronde de L’Aube surtout, Sirk s’attache à offrir des images d’une beauté sidérante, par des couleurs flamboyantes, une photographie en Technicolor qui marque la rétine. Alors que justement, au fil de l’histoire, son héros passe de la lumière aux ténèbres, goûtant à un bonheur provisoire qui ne peut que s’achever dans l’horreur des combats et la barbarie nazie. Remarque avait parfaitement saisi le point de vue allemand, sentant la défaite se préparer pour eux, Sirk ne la surligne jamais mais fait de la mort un élément omniprésent, menaçant à chaque minute, rebattant les cartes de la romance qui se joue sous nos yeux. Même en s’attendant à une conclusion dramatique, on est emportés par le souffle romanesque du récit, par la nature résistante aux événements, par la force de vie de ces personnages en sursis, conscients que les lendemains leur seront sans doute refusés. En alternant plans larges et décors exigus où les amoureux cherchent un peu de paix et de quiétude, le film déploie une mise en scène harmonieuse à la fois en prenant des faits historiques comme support et en utilisant le mélodrame comme matière à émouvoir d’une façon universelle.
Depuis Quand Passent les cigognes, aucun cinéaste n’avait réussi à rendre la guerre si palpable et aussi destructrice, sans doute dû au fait que Sirk retrouve son pays et peut exprimer toute la souffrance ressentie face à cette Nation entachée par les abominations d’Hitler. Le beau John Gavin, qu’il redirigera l’année suivante dans Mirage de la Vie, incarne le soldat plein d’espoir résistant à la fatalité jusqu’au bout. Sa partenaire, la suisse Liselotte Pulver, tient là l’unique rôle significatif de sa carrière. A noter la présence d’Erich Maria Remarque jouant le professeur antinazi Pohlmann se sacrifiant pour la liberté, ce fut la seule apparition de l’écrivain à l’écran. Le final, d’autant plus déchirant quand on sait que Sirk l’a sans doute imaginé en pensant aux dernières semaines vécues par son propre fils, ne peut laisser insensible, nous rappelant cruellement que chacun d’entre nous ne fait que passer sur cette Terre.
ANNEE DE PRODUCTION 1958.



