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DROLE D’ENDROIT POUR UNE RENCONTRE

Une aire de repos sur l’autoroute du Sud en hiver. Un homme démonte le moteur de sa voiture. Un peu plus loin une femme reste la, abandonnée par son mari. L’homme qui répare son auto a tout vu. Il veut tout comprendre, son moteur qu’il étale pièce par pièce sur le bitume, cette femme qui refuse de partir, malgré le froid, malgré la nuit, attendant l’improbable retour de son mari perdu.

Un décor extérieur d’une banalité sidérante (une aire d’autoroute grisâtre), un froid de canard d’un hiver rigoureux, et puis deux solitudes qui se croisent au hasard d’une rencontre improbable comme nous l’indique le titre de ce tout premier long métrage du regretté François Dupeyron. Cette femme, bourgeoise détruite et larguée par son mari comme une malpropre, et cet homme, mufle et grossier la traitant d’entrée de « poule » vont ils pouvoir trouver un point de convergence pour peut être s’apprécier, apprendre à se connaitre, se jauger et in fine s’aimer? Le pitch, simpliste et minimaliste, fonctionne surtout grâce aux différences marquées de ces deux êtres égarés, sûrement unis sans le savoir par une seule chose: une détresse affective criante! Dupeyron les filme ensemble, séparément, laissant sa caméra saisir des instants fugaces de vérité, d’abandon, et c’est justement dans ces moments de « fuite » qu’une beauté inattendue surgit, presque sans prévenir. Le cinéaste arrive à transcender le quotidien et les lieux communs pour aboutir à une histoire d’amour balbutiante, en explorant les débuts de sentiments encore inassumés: l’héroïne restant accrochée à un passé qu’elle refuse de quitter, un héros cherchant à séduire avec lourdeur. Drôle d’endroit pour une rencontre n’est pas exempt de défauts bien sûr (notamment quelques problèmes de rythme), cependant l’écriture pointue et les dialogues ciselés suffisent à séduire et à s’embarquer.

Dupeyron a eu les épaules pour diriger deux monstres sacrés, déjà partenaires auparavant chez Truffaut, Berri ou Corneau, à savoir Catherine Deneuve et Gérard Depardieu et réussit à les débarrasser de tout artifice et de tout glamour. Ils sont ce couple de hasard avec une véracité exemplaire: elle, à fleur de peau et vulnérable, lui maladroit, insistant. Deux numéros d’acteurs véritablement convaincants et investis à saluer et faisant bien entendu l’attrait primordial de l’ensemble. Imaginer le film joué par deux inconnus parait difficile. Quant aux personnages secondaires interprétés par André Wilms, Nathalie Cardone, Dominique Raymond ou Chantal Banlier, ils existent par eux mêmes et servent aussi le propos. Avec son sublime  La Chambre des Officiers, ce film ci demeure le graal de l’oeuvre trop courte et encore méconnue de François Dupeyron.

ANNEE DE PRODUCTION 1988.

REVIEW OVERVIEW

Réalisation
Scenario
Interprétation

CONCLUSION

Une fort jolie réussite pour un premier film. Dupeyron filme avec passion et intensité le couple Deneuve/Depardieu comme deux êtres banals unis par le hasard. Du beau cinéma d'auteur.

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