Pendant la Seconde Guerre mondiale, Kurt Gerstein, un officier SS allemand, épaulé par un jeune jésuite, Ricardo Fontana, tente d’informer le Pape Pie XII et les Alliés du génocide des Juifs organisé par les nazis dans les camps de concentration.
Rien que l’affiche du film a crée la polémique en superposant la croix chrétienne et la croix gammée, et Amen affiche nettement ses intentions: se poser en brûlot contre l’Eglise et plus spécifiquement le Vatican, coupable d’indifférence envers le génocide juif par les nazis au cours de la Seconde guerre mondiale. Costa Gavras est bien connu pour ses nombreuses oeuvres politiques, son combat acharné contre toute forme d’intolérance et cette fois encore, il ne fait pas que relater les atrocités commises par les dirigeants d’Hitler, mais « accuse » bel et bien le Pape Pie XII d’avoir ignoré ces faits, d’avoir sciemment gardé le silence. Gavras présente deux hommes, l’un ayant véritablement existé (Gerstein fut le témoin de la solution finale et tenta de faire cesser le massacre), l’autre, fictif, est un jeune prêtre issu du sérail se battant pour faire entendre une vérité que personne ne veut rendre publique. Adapté d’une pièce choc, Le Vicaire, qui critiquait ouvertement l’inaction du Pape devant l’extermination des Juifs, Amen traite d’un sujet extrêmement délicat avec l’apport d’une mise en scène sans effets, nette, tranchante. Ses détracteurs lui reprochent d’ailleurs souvent de soigner le fond au détriment de la forme, ce qui est ici injuste, puisque le film regorge d’images fortes, et rappelle également La Liste de Schindler dans lequel Spielberg décrivait déjà le combat d’un SS pour enrayer la machine nazie à l’intérieur même du système.
Amen trouve dans son interprétation de quoi nous réjouir. L’allemand Ulrich Tukur incarne Gerstein avec une vraie densité, une ambiguité très bien montrée face à Ulrich Muhe (Funny Games, La Vie des Autres) plus linéaire dans son jeu en SS sans pitié ni compassion. Matthieu Kassovitz crée la surprise dans la peau du jésuite humaniste, habité par une lumière intérieure rare, apportant une épaisseur au scénario qui n’aurait pu être qu’un simple déroulé de faits historiques. Costa Gavras avait déjà traité des atrocités nazies dans le superbe Music Box: avec Amen il pointe du doigt les fautes des puissants et la responsabilité collective et se garde bien de verser dans le sentimentalisme puisque tous les plans évoquant la Shoah (des trains qui partent, de la fumée s’échappant des cheminées, les camps filmés dans leurs abords, etc…) ne font que suggérer la mort et l’innommable. Un parti pris d’autant plus glaçant.
ANNEE DE PRODUCTION 2002.



