Sang-Hyun est un jeune prêtre coréen, aimé et respecté. Contre l’avis de sa hiérarchie, il se porte volontaire pour tester en Afrique un vaccin expérimental contre un nouveau virus mortel. Comme les autres cobayes, il succombe à la maladie mais une transfusion sanguine d’origine inconnue le ramène à la vie. De retour en Corée, il commence à subir d’étranges mutations physiques et psychologiques : le prêtre est devenu vampire. Mais la nouvelle de sa guérison miraculeuse attire des pélerins malades qui espèrent bénéficier de sa grâce. Parmi eux, Sang-hyun retrouve un ami d’enfance qui vit avec sa mère et son épouse, Tae-Ju….
Auteur du cultissime Old Boy, Park Chan Wook a marqué de son empreinte les deux dernières décennies du cinéma coréen et avec Thirst, il s’est essayé avec virtuosité au genre fantastique. En mêlant une histoire de vampire très originale et une nouvelle adaptation du roman d’Emile Zola Thérése Raquin, le cinéaste multiplie les audaces narratives, visuelles et stylistiques. En créant un mix entre humour noir, gore, horreur et drame psychologique, Thrist semble à première vue « bouffer à tous les ratelliers », mais sa structure séduit progressivement, après une mise en place un peu trop longue, le rythme trouve sa vitesse de croisière et embarque le spectateur dans une intrigue aussi bizarre qu’ahurissante. Park Chan Wook ose aussi l’érotisme (fait assez rare en Corée) avec sa romance passionnée entre un jeune prêtre devenu vampire et une pauvre fille mal mariée et influençable. Au menu: de la violence, de l’étrange, du sang, de l’amour vache et dangereux et surtout presque pas de temps mort jusqu’à un final d’une maitrise incroyable. Cette fable pleine d’outrances prend ses distances avec des films comme Dracula ou Entretien avec un vampire, d’abord en complexifiant son récit et ensuite en s’éloignant des clichés éculés sur les suceurs de sang.
L’interprète coréen Song Kang Ho, future star de Parasite et déjà vu dans The Host, campe ce vampire amoureux soucieux de ne tuer personne pour rester en vie, face à Ok Bin Kim, une toute jeune actrice dont c’est le premier grand rôle et qui se donne corps et âme. Park Chan Wook filme avec une aisance folle des séquences parfois hallucinantes avec le même souci d’esthétiser au maximum ses plans, notamment lors d’une partie de mah jong croustillante dans laquelle les convives doivent déchiffrer une terrible révélation par le simple clignement de paupières d’une infirme incapable de s’exprimer. Thrist oscille ainsi entre le thriller et le film d’horreur, se permettant toutes les excentricités: ce n’est pas un cinéma de tout repos, mais quelle inventivité permanente!
ANNEE DE PRODUCTION 2009.



