Dutch, un pêcheur rude et coriace, mène une grève avec ses collègues contre les propriétaires d’une conserverie de thon. Hattie, une des jolies ouvrières, secrètement amoureuse de lui, courtisée par le patron, le rabroue en public pour provoquer son intérêt…
Près de vint ans avant l’excellent Sur les Quais de Kazan avec sa toile de fond sociale et son sujet sur les grèves de travailleurs exploités, voici un petit film beaucoup moins connu, passé même presque inaperçu et qui pourtant recèle de vraies qualités. Rif Raf, traduit en français par La Loi du Plus fort, est une production MGM tournée juste après l’élaboration du Code Hays et sa censure stricte. Le script, signé par deux scénaristes femmes Anita Loos et Frances Manion, combine une première partie nettement ancrée dans la « screwball comedy » (avec son couple vedette se disputant sans cesse alors qu’ils sont dingues amoureux l’un de l’autre), puis traite la seconde partie sous l’angle dramatique et pose des questions de fond sur l’engagement syndical, la toute puissance des patrons face à des salariés mal payés et épuisés. Porté par une mise en scène dynamique, Rif Raf nous entraine dans une histoire d’emblée séduisante et maintient son cap avec dextérité. Derrière la caméra, un dénommé Walter Ruben qui n’a cependant pas laissé de traces tangibles dans les mémoires du 7e Art. Les multiples rebondissements peuvent sembler assez « exagérés » certes, il n’empêche que le film fonctionne et que l’on prend fait et cause pour les amants confrontés à une montagne d’obstacles.
Des amants incarnés par un couple à priori bizarrement assorti: Spencer Tracy en impose en pêcheur grande gueule et intègre dans ses convictions face à la truculente Jean Harlow, employée dans un registre moins « blonde sexy » que d’habitude. Dans ce quasi contre emploi, elle illumine le film de son jeu plein de justesse et d’allant et montre combien elle valait mieux que les histoires qu’on lui faisait jouer. Rendons donc justice à Miss Harlow et à ce film trop oublié en lui accordant une nouvelle chance. Du cinéma américain modeste qui tient fièrement la route!
ANNEE DE PRODUCTION 1935.



