Une petite ville tranquille, trop tranquille, inquiète les autorités. Tous les habitants ont disparu. Une invasion d’extraterrestres très violents et affamés a lieu et ils viennent se ravitailler en chair humaine pour leurs fast foods intergalactiques…
Rien que le titre Bad Taste, en français Mauvais Goût donne le ton radical et voulu de ce film de jeunesse du futur grand réalisateur que deviendra le néo zélandais Peter Jackson. Tourné avec un budget quasi nul, bricolé à la main avec toute la passion de créer de son auteur et nourri d’influences issues de la science fiction, du cinéma Bis et même Z, ce premier long métrage potache totalement décomplexé montre déjà la fabuleuse aptitude de l’auteur du Seigneur des Anneaux à allier horreur, aventures, et comédie burlesque. Car bien sûr, impossible de prendre au sérieux cette histoire d’invasion d’aliens hideux tant Jackson y inclut des gags énormes, un esprit déjanté constant, un travail méritoire sur les effets visuels faits de bric et de broc. Avec son penchant très net pour le gore (qu’il portera à incandescence dans son film suivant, Braindead), Jackson s’autorise toutes les audaces, ce qui fait de Bad Taste un objet filmique complètement à part, empreint d’une vraie liberté. Fuck les faux raccords, le montage « à la truelle », le script et ses approximations. Bad Taste cultive un esprit proche de celui des Monty Python tout en faisant des clins d’oeil ludiques à d’autres oeuvres tournées avec une économie réduite, telles que La Nuit des Morts Vivants de Romero ou bien sûr le Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper. Le côté ultra parodique et la manière de faire rire avec des choses ignobles (le dépeçage de corps, la décapitation ou les tripes à l’air) rappelle également le premier film de Sam Raimi, Evil Dead, devenu culte.
Mais Peter Jackson ne se moque pas seulement des aliens et de leur allure grotesque signifiés par des masques difformes, il prend comme « sauveurs » de la Terre trois bouseux locaux armés jusqu’aux dents et au QI d’huitres, « joués » par des potes absolument pas calés en notions d’acteurs, ce qui rend le résultat encore plus décalé. Le cinéaste se réserve pour sa part le rôle d’un habitant du coin prêt à tout pour décimer un max d’envahisseurs avec le moins de moyens possibles. Bad Taste fut « construit » en quatre ans, présenté au festival d’Avoriaz sans forcément faire grand bruit, puis trouva sa place en séance de minuit à Cannes. Un Ovni artisanal plein de débordements.
ANNEE DE PRODUCTION 1987.



