Tom vit dans une famille ni pauvre, ni riche, apparemment heureuse. Lorsque ses parents décident de quitter Londres pour la campagne de Devon, le jeune homme se confronte à l’ennui et à la solitude. Mais rien ne peut le préparer à la découverte d’un secret qui lie son père et sa soeur Jessie, âgée de 18 ans…
A l’origine, le roman dur et asphyxiant du britannique Alexander Stuart racontait le terrible calvaire d’un adolescent témoin dans sa propre famille des abus sexuels perpétrés par son père sur sa soeur ainée. The War Zone annonce la couleur d’emblée: le sujet est malaisant, dérangeant, cru. L’acteur anglais Tim Roth, surtout connu pour ses rôles chez Tarantino (Pulp Fiction, Reservoir Dogs), lui même victime d’inceste dans son enfance, s’empare donc du livre et décide d’en faire son premier long métrage de réalisateur. Il ne choisit pas la facilité vu le propos et ne prend pas de pincettes: son traitement est frontal, radical, ne cherche pas à amenuiser l’horreur et il filme même courageusement une séquence choc de viol face caméra qui sert les tripes et le coeur. Roth décrit avec une vérité inouîe les agissements d’un père monstrueux, dans le déni de ses actes, en optant pour le point de vue de Tom, le jeune garçon comprenant ce qui se passe et sidéré par cette réalité innommable. La mise en scène, empreinte d’un dépouillement exemplaire, se concentre sur la nature désertique du Devon, son temps sinistre, ses dominantes de couleurs grises et sombres, renforçant une sensation d’étouffement. Insidieusement, le malaise prend forme, le regard perdu de l’adolescent cherchant désespérèment à alerter la mère (aveugle ou inconsciente), les mots incapables de sortir jusqu’à un point de non retour inévitable. Tim Roth exprime par des plans lourds de sens le mal être ambiant, la chappe de plomb imposée par le chef de famille au visage « ordinaire » commettant l’impensable.
Saluons la grande qualité de l’interprétation finement construite par les deux jeunes comédiens principaux, jouant le frère et la soeur et citons leurs noms: Lara Belmont et Freddie Cunlife. A leurs côtés, les plus « expérimentés » Ray Winstone (Final Cut, Ne pas avaler) et Tilda Swinton, alors encore assez peu connue, en mère totalement déconnectée du réel. Notons également dans son tout premier passage à l’écran un certain Colin Farrell à l’aube d’une carrière américaine fournie (Minority Report, Phone Game, Alexandre). Passé par plusieurs festivals (Sundance, Cannes, Berlin), The War Zone imprègne son goût amer en nous, hantant après son final, nous faisant d’autant plus regretter que Tim Roth n’ai jamais ensuite consenti à signer un autre long métrage.
ANNEE DE PRODUCTION 1999.



