RIDICULE

1780.Grégoire Ponceludon de Malavoy, noblaillon de province, se rend à Versailles dans l’espoir d’obtenir un entretien avec le Roi Louis XVI. Il est pris sous la protection du marquis de Bellegarde, s’éprend de sa fille, la jolie Mathilde, apprend que pour réussir à briller à la cour, il faut faire preuve d’esprit et de bons mots, éviter le ridicule à tout prix. Afin de préserver leurs privilèges, Madame de Blayac et son âme damnée, l’Abbé de Vilecourt, vont s’employer à le faire chuter…

Dans le monde de la noblesse du XVIIe siècle, les aristocrates oisifs représentaient l’essentiel de la société de Cour et ne vivaient que de mots d’esprits, d’humour vachard, de phrases bien tournées, cachant mal leur superficialité, leurs faiblesses, leurs vies misérables. Grâce à son scénariste Rémy Waterhouse, le réalisateur français Patrice Leconte ausculte au microscope décapant ces gens se donnant une importance qu’ils n’avaient qu’en apparence, dénonçant leur opportunisme et leur mépris d’autrui. Ridicule montre un parterre d’aristos feignant d’ignorer la misère paysanne et les injustices sociales, Leconte marchant sur les traces du Tavernier de Que la fête commence. La reconstitution d’époque, réellement soignée, les costumes magnifiques et surtout des dialogues étincelants et spirituels confèrent à cette oeuvre admirable un cachet unique dans la filmographie de l’auteur de Monsieur Hire. Non dépourvu d’humour, le propos garde un fond grave et met à jour des personnages avançant masqués, dévoilant au fur et à mesure leurs tristes figures, ainsi que leurs desseins malhonnêtes. Même dans les jeux amoureux, c’est à celui ou celle qui aura le dernier mot que l’intrigue trouve son sens, à l’instar de La Comtesse de Blayac, calculatrice malgré son charme ravageur. Leconte tisse un conte cruel qui dépasse la simple évocation des temps d’avant la Révolution et résonne avec notre monde actuel, pointant indirectement la politique et le flot de paroles souvent stériles de ceux qui ne font que s’écouter eux mêmes.

Les joutes verbales, les duels oraux, les jeux de mots entrent en parfaite symbiose avec le casting, dirigé de main de maitre par Leconte. En tête d’affiche, Charles Berling, en noble éclairé qui ne s’en laisse pas conter, se démarque remarquablement face à Bernard Giraudeau, délicieusement piquant et Jean Rochefort plus posé en marquis précautionneux. Les femmes ne sont pas en reste: la jeune Judith Godréche campe une jeune paysanne délicate et amoureuse et Fanny Ardant une grande dame très classe (rôle de composition?) exquise et rappelant un peu la Madame de Merteuil des Liaisons dangereuses. Avec une vitalité et une précision de métronome, le script nous invite à déguster au menu de la tricherie, de la duplicité, des faux semblants et une décadence générale annonçant clairement la fin d’une époque et la mort de la royauté. Deux prestigieux César vinrent récompenser le film (Meilleur Réalisateur et meilleur film 97). Avec Monsieur Hire, Ridicule s’inscrit dans le haut du panier du cinéma de Leconte.

ANNEE DE PRODUCTION 1996.

 

REVIEW OVERVIEW

Réalisation
Scenario
Interprétation

CONCLUSION

Un très beau pari pour Leconte, relevé haut la main: réussir un film d'époque en costumes avec en prime un scénario aux petits oignons. Sans oublier une distribution de rêve (Ardant, Berling, Giraudeau, Rochefort).

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