Les histoires d’amour et les histoires tout court de Paul Dedalus, maître-assistant dans une faculté de la périphérie parisienne où il ne compte pas faire de vieux os.
Devenu un cinéaste adoubé par la critique depuis ses deux premiers opus, La Vie des Morts et La Sentinelle, Arnaud Desplechin a pensé son troisième long métrage comme un drame sentimental avec des accents de comédie spirituelle, oscillant entre légèreté des rapports amoureux et gravité des êtres. Etiré sur une durée inhabituelle de 2H50 (rarement un film d’auteur français ne s’est autorisé pareille durée), Comment je me suis disputé… centralise son sujet sur Paul, prof d’université, racontant à ses amis ou en voix off pour le spectateur ses différentes histoires d’amour avec trois femmes (une avec qui il est en couple « compliqué », l’autre avec qui il couche de temps en temps, une dernière dont il est amoureux tout en sachant que c’est la petite amie d’un de ses copains). L’importance des mots, le travail sur les dialogues (très écrits) apportent au film un côté très « intello de gauche » que l’on pourra juger, selon le point de vue, soit brillant soit assez irritant. Mais Desplechin sait parfaitement filmer, suivre ses comédiens, tirer le meilleur d’eux, faire des atermoiements sentimentaux une philosophie de vie, entrer dans l’intimité de la jeunesse des années 90, baignée d’illusions et de lendemains qui chantent. Ancrés dans le réel, ces personnages (hommes et femmes) dissertant sur l’amour, le désir, l’existence, emportés par le flux de leurs paroles « subissent » aussi le tourbillon de sentiments qu’ils ne maitrisent pas. En terme d’intrigue, Desplechin ne suit pas une ligne droite, il s’autorise des détours dans une forme cinématographique autant empruntée à ses maitres Truffaut et Godard qu’à un style bien personnel qu’il va développer de film en film.
Le jeu de ses comédiens prend ici une place prépondérante et Comment je me suis disputé a l’immense mérite de faire découvrir des figures « débutantes » qui vont ensuite nourrir le cinéma français des trente années suivantes. Paul est incarné par Mathieu Amalric, sorte de double ou de prolongement de Desplechin lui même, à l’aise dans ce rôle central et déjà en pleine possession de son grand talent. A ses côtés, des femmes essentiellement: Emmanuelle Devos (formidable), Marianne Denicourt, Chiara Mastroianni, Jeanne Balibar (à la diction incomparable) et même lors d’une séquence furtive, Marion Cotillard en jeune étudiante troublante. Ajoutons la participation de Denis Podalydés, Michel Vuillermoz, Emmanuel Salinger, Thibaut de Montalembert. Cette « comédie humaine », sans doute passablement trop longue, se hisse mine de rien assez haut dans le panthéon des films d’auteur à voir une fois dans sa vie.
ANNEE DE PRODUCTION 1996.



