Le prestidigitateur chinois Wei Ling Soo est le plus célèbre magicien de son époque, mais rares sont ceux à savoir qu’il s’agit en réalité du nom de scène de Stanley Crawford : cet Anglais arrogant et grognon ne supporte pas les soi-disant médiums qui prétendent prédire l’avenir. Se laissant convaincre par son fidèle ami Howard Burkan, Stanley se rend chez les Catledge qui possèdent une somptueuse propriété sur la Côte d’Azur et se fait passer pour un homme d’affaires, du nom de Stanley Taplinger, dans le but de démasquer la jeune et ravissante Sophie Baker, une prétendue médium, qui y séjourne avec sa mère.
Depuis bien des années maintenant, on sait que le cinéma de Woody Allen oscille entre crus décevants, films moyens, et parfois de belles réussites. Juste après le plutôt calamiteux To Rome With Love , son inspiration semble se réveiller beaucoup plus franchement avec cette nouvelle comédie romantique reprenant un thème souvent abordé chez lui: la magie! Déjà présente dans Le Sortilège du Scorpion de Jade, Alice, et Scoop, la magie évoque l’ensorcèlement, le mystère, l’irrationnel et Woody nous « hypnotise » à sa façon avec ce scénario charmant dans lequel un illustre magicien (séduisant mais imbu de lui même et râlant en permanence contre tout ce qui lui échappe) tente de confondre une jeune médium, persuadé qu’elle n’est qu’une usurpatrice. Sans réelle surprise, ce qui doit arriver se profile d’emblée: l’amour va s’en mêler et les coeurs vont chavirer. Le canevas a beau ne pas « surprendre » outre mesure, on est emporté par les dialogues piquants, spirituels, par la photographie somptueuse de Darius Khondji (les lumières de fin d’été dans le Sud de la France ravissent nos mirettes) et par la grâce d’une mise en scène aérienne, légère comme une bulle de savon. Woody ressasse évidemment à travers son personnage masculin ses habituelles obsessions (la croyance en l’invisible, les fantômes, Dieu et l’inévitable sujet de la Mort), il confronte le « raisonnable » et le passionnel, parle de sentiments amoureux sans verser dans la guimauve. Bref, Magic in the Moonlight se révèle un délicieux divertissement, n’oubliant pas au passage son humour caustique.
Pour incarner ce magicien à la haute estime de lui même finalement dupé sur toute la ligne, Woody dirige un acteur anglais encore inédit chez lui: Colin Firth se fond en tout cas idéalement dans son univers. Face à lui, Emma Stone, toute jeune dans le métier, joue la charmante « médium » en s’inscrivant tout à fait dans la lignée des héroïnes proches d’une Diane Keaton ou Mia Farrow, quand elles étaient piquantes et espiègles. Seule mini réserve: Woody insère systématiquement de petits airs jazzys (agréables au demeurant) comme pour mettre du peps dans un ensemble déjà rythmé. D’où un effet presque redondant. Pour tout le reste, on est client!
ANNEE DE PRODUCTION 2014.



