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BEATRICE DALLE

1964/ ?

Béatrice Dalle a vu le jour en Décembre 1964, dans la région de Brest, puis a passé son enfance au Mans, dans une famille modeste et dans laquelle elle ne se sent pas toujours à sa place. Très attirée par le mouvement punk en vogue à la fin des années 70, la jeune fille quitte le cocon familial vers l’âge de 16 ans, pour tenter de mener une vie de bohème à Paris. Elle y est repérée un jour par un photographe du magazine Photo, tellement emballé par sa plastique de sauvageonne brune incendiaire, qu’au lieu de seulement lui consacrer un article avec quelques clichés, il la met directement en couverture. Riche idée, puisque c’est ainsi qu’un directeur de casting du nom de Dominique Besnehard remarque cette fille piquante, dont on peut déja lire dans le regard une personnalité bien trempée. Elle passe un casting mémorable pour obtenir le premier rôle de 37°2 le matin que le réalisateur Jean Jacques Beineix adapte du roman choc de Philippe Djian. Il est faible de dire qu’elle va crever l’écran avec ce personnage de Betty, en couple avec Zorg (joué par Jean Hugues Anglade), faisant l’amour face caméra, sans pudeur et installant une nouvelle façon de montrer des corps nus. Elle irradie de sensualité, d’insolence, et se consume sous nous yeux, au fil d’un film passant de la romance à la tragédie. Cet amour allant jusqu’à la folie va faire un carton et a eu un retentissement international. Encore aujourd’hui, plus de 35 ans après ces débuts fracassants, on est subjugués par la force de son jeu, en plus de son physique très avantageux.

   

Après un tel triomphe, elle aurait pu facilement choisir de tourner tout et n’importe quoi, de tracer une route droite avec des metteurs en scènes installés, des projets à la pelle et ainsi assoir sa réputation. Seulement voila, la demoiselle n’est pas l’actrice modèle, obéissante au système, sage comme une image, et aussi lisse dont le métier regorge. C’est une nana brut de décoffrage, naturelle comme pouvait l’être Bardot en son temps, avec son franc parler, ses déclarations provocantes, et qui cultive un anti conformisme tenace, une rébellion qu’elle ne veut surtout pas brader au plus offrant. Détestant les compromis, la tiédeur, elle se dirige donc vers un cinéma exigeant, difficile, où elle compte imposer sa présence, sans calcul, mais bien à sa manière (Les Bois Noirs, La Sorcière, Chimères). Entre 1986 et 1989, elle ne connait aucun « succès public » mais la critique loue son ambition de ne pas seulement jouer de son corps et lui reconnait une attirance marquée pour des films à la limite de l’austérité. Béatrice a cette qualité rare de ne pas placer son ego avant tout le reste, elle se moque bien des bonnes manières et n’a aucun plan de carrière. Carrière est justement un mot qu’elle déteste, car selon elle il l’enferme d’emblée dans un parcours étriqué. Ivre de liberté, elle avoue choisir ses films sans lire de scénarios, mais marchant au coup de coeur, à la rencontre avec un auteur, dont elle veut épouser la vision. En 1989, Jacques Doillon lui offre La Vengeance d’une femme , où jusqu’au boutiste, elle est confrontée à Isabelle Huppert. Les deux femmes se battent pour le même homme, le duel sera passionnant, sec, et fera des étincelles. Le paradoxe Dalle est qu’elle est à la fois complètement Star (dans le sens où sa présence est écrasante et sa photogénie indéniable) et anti Star totale (elle n’a pas un amour immodéré des interviews ronflantes, dénote par ses propos souvent hors cadre, et surtout elle refuse de rentrer dans un moule, ce qui est tout à son honneur!).

la vengeance d’une femme
1989
rŽal : Jacques Doillon
Beatrice Dalle
Isabelle Huppert

Sa seule incursion dans un cinéma « grand public » assumé sera pour Claude Lelouch et sa Belle Histoire en 1992, une fresque de 3H plutôt inégale sur les possibles réincarnations d’amoureux de l’Antiquité à nos jours. Le film va assez bien marché, mais ce sera la seule fois où Béatrice participera à une oeuvre aussi « facile » sur le papier. Elle rêve de plus en plus de cinéma underground, d’auteurs tourmentés, et elle s’acharne à fuir les mondanités et les cinéastes ayant la côte. Pourquoi? parce qu’elle s’en fout, elle veut vivre son Art hors du système établi, elle veut vibrer et se sentir à l’aise dans des univers sombres, marginaux. Son attrait pour le chaos et l’excès la pousse à s’affranchir des règles à tenir pour demeurer une « comédienne à la mode ». En 92 encore, elle joue Nadine Vaujour, cette femme courageuse qui a fait s’évader son mari de la Prison de la Santé, dans un hélico qu’elle conduisait elle même! La Fille de l’Air n’est pas un film parfait, mais il ressemble à Béatrice: il est libre, audacieux, gonflé et elle y est magnifique. Toujours insoumise et indomptable, dans sa vie privée aussi, elle n’aime pas l’à peu près, elle veut des histoires fortes, brulantes et violentes s’il le faut. Son attirance pour les « bad boys » est encore une des preuves de son côté anarchiste totalement affiché et la presse people se délecte de ses amours avec Joey Star, mais aussi de son penchant pour les drogues de tous types. Evidemment dans le métier, les dents grincent et la Dame n’est pas en odeur de sainteté. Au lieu de rentrer penaude et honteuse dans le banc des accusés, elle récidive dans des actes « répréhensibles », en volant des bijoux dans un magasin. Cette fois, elle est poursuivie en justice. Quelques mois après, lorsque l’Affaire sera classée, venant au JT de 20H pour la promotion de La Belle Histoire, elle se paye en direct PPDA qui a osé lui poser une question mesquine et roublarde. Cette altercation verbale télévisuelle restera dans les mémoires et on aura compris qu’il ne faut pas se frotter impunément à la Belle, sous peine d’être mordu!

  

Les années 90 ne feront que confirmer son envie de tourner pour des cinéastes destroy, aux antipodes de l’intellectualisme parisien, qu’elle exècre! On la retrouve chez Jim Jarmush en passagère aveugle d’un des taxis de Night on Earth , puis se paye le luxe d’un rôle pour l’enfant terrible du cinéma indépendant américain Abel Ferrara avec The Blackout, où sa danse lascive avec Claudia Schiffer fera scandale à Cannes en 1997. Son attitude rock n’roll en toutes circonstances, sa désinvolture apparente et ses propos sans langue de bois ne font pas l’unanimité, mais elle poursuit sa route tranquillement, sans se soucier du qu’en dira t’on! Elle noue une belle amitié avec Guillaume Depardieu, dont la personnalité si torturé et si sensible à la fois lui est si familière. Au fond, Béatrice garde aussi sûrement d’anciennes douleurs en elle, dont elle sait se servir pour nourrir ses personnages. Ainsi, elle incarne presque toujours des femmes outrées, défoncées, mutantes, voire monstrueuses comme chez Claire Denis (J’ai pas sommeil et surtout le Trouble Every day dans lequel elle est une cannibale dévorant tout cru Nicolas Duvauchelle, dans une séquence sanglante et trash inoubliable). Au début des années 2000, son statut dans le paysage français est plus que jamais celui d’une affranchie révoltée et assoiffée d’absolu.

Black out
the black out
1997

Marquée par le signe de l’intégrité, sa vie personnelle sort toujours des sentiers battus, elle ira même jusqu’à se marier avec un détenu de la Prison de Brest, un type pourtant condamné pour violence conjugale, mais dont elle tombe amoureuse , quitte à passer pour une fille déraisonnable et insensée. La décennie 2000 sera marquée par quelques bons films dans lesquels elle peut mettre son talent largement en avant, notamment en veuve battante et désorientée de 17 fois Cécile Cassard du jeune Christophe Honoré, ou dans Clean en ex junkie déchue que filme Olivier Assayas. Avec la quarantaine, son physique évolue bien sûr, elle prend du poids, elle paye aussi des années d’excès en tous genres, mais sans jamais aucun regret, elle vit son existence à fond et le revendique haut et fort. Le cinéma de genre « horreur à la française » lui donne l’occasion de faire peur dans A l’intérieur en 2007, elle y est une étrange femme tout en noir, poursuivant Alysson Paradis, afin de l’éventrer et de lui voler son foetus. Bref, encore un personnage loin de la douceur ambiante! Visionnaire dans son jeu, elle observe beaucoup, elle pique parfois des colères mais sa générosité authentique est louée par la plupart de ses proches. La romancière Virginie Despentes par exemple, dont elle est la « soeur de rébellion », lui voue une immense admiration et la dirige dans Bye Bye Blondie (adaptation de son propre bouquin), sortie en 2012. Elle y campe Gloria, une ancienne punkette renouant avec son amour de jeunesse, interprété par Emmanuelle Béart. Leur duo lesbien a fait beaucoup parler, et le film a des fulgurances intéressantes, bien entendu le grand public n’a pas suivi. Trop singulier et trop décalé pour rallier la majorité.

Ces dernières années, la Dalle a relevé d’autres défis osés: sa première tentative théatrale n’a pas été un choix de demi mesure, le rôle de Lucrèce Borgia, dans une mise en scène illuminée de David Bobée marquera les esprits. Ils collaborent à nouveau ensemble en 2019 pour Elephant Man, où elle partage l’affiche avec son grand amour de toujours JoeyStar. Leur complicité évidente est palpable sur la scène des Folies Bergères et leur double réputation sulfureuse attire bien sûr autant leurs fans que les curieux. Béatrice se démarque toujours par une singularité sans pareille, tournant moins et dans des participations plus courtes, elle ne cherche jamais à impressionner ou à séduire gratuitement. Cette inconditionnelle absolue de Pasolini qu’elle cite partout et dont elle adore le radicalisme et le culot fonce comme un bolide dans la nuit, se moquant de savoir quelle trace elle laissera après sa mort. Par ailleurs, contrairement à bien d’autres actrices de sa génération, elle a fui volontairement le vedettariat de pacotille, afin de travailler comme elle le désirait, avec qui elle le voulait et à son propre rythme. Il faut avoir des couilles pour refuser de rester dans la « norme », et ces attributs là Béatrice n’en manque pas.

 

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