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RITA HAYWORTH

1918/ 1987

Rita Hayworth dont le véritable nom fut Margarita Carmen Cansino, vint au monde en octobre 1918, quelques semaines avant la fin du premier conflit mondial. Son enfance à Brooklyn avec une mère plutôt absente et un père d’origine espagnole et danseur de profession va connaitre quelques années heureuses et sans histoires, jusqu à ses dix ans, où son géniteur se met en tête de la faire travailler dans sa troupe de danse. La formation est rude, tendue, le papa sévère et dominateur ne lui laissant guère la liberté de grandir comme une jeune femme « normale », la privant d’études et d’une éducation équilibrée. Mais il y a plus grave encore, l’adolescente devient le souffre douleur, la bonne à tout faire et aussi la « maitresse » de son propre père! Un inceste qu’elle va subir et dont on ne se remet jamais, une blessure laissant augurer des fêlures immenses en elle. Pour l’heure, il en fait sa chose, l’oblige à tout donner pour la danse, la gymnastique, sculptant son corps de déesse brune et la jeune Rita s’avère douée et en prime, d’une incroyable beauté plastique. A 18 ans, elle est repérée par un ponte de la Fox, qui l’engage sur un navet oublié aujourd’hui Dante’s Inferno, c’est seulement un petit rôle mais elle impressionne déja par son aisance à bouger son corps, à occuper l’espace, et à imposer sa présence. Ensuite, elle anglicise son nom de famille, prend le pseudonyme de Hayworth comme pour fuir l’autorité de ce patriarche abusif et tente de récupérer une indépendance artistique. Elle se teint en rousse, subit des séances d’électrolyse pour agrandir son front et devenir plus « conforme » aux canons de l’époque. Pourtant elle n’est déja pas comme les autres, et c’est Harry Cohn, patron de la Columbia, qui va lui donner sa chance, tout en exerçant sur elle un contrôle strict, qui la ramène évidemment à sa relation paternelle. Cohn est un odieux personnage, vulgaire, la caricature du producteur cupide et plus attiré par l’argent que par l’Art, et friand d’aventures féminines à la pelle. Rita flaire le danger, mais entre deux monstres, elle choisit celui qui lui promet qu’elle ne va pas rester toute sa vie une simple starlette, cataloguée danseuse espagnole.

Elle domina sa timidité maladive, son caractère renfermé, se mit à sourire et à jouer de ses charmes, sachant parfaitement qu’elle pouvait gagner sa vie en séduisant le public. Et plus spécialement les hommes… Elle résista tant qu’elle put aux lourdes avances de Cohn, se maria avec Eddie Judson, un homme d affaires se disant riche et qui s’improvisa agent mais qui fut le premier d’une longue série à être incapable de la sécuriser ou de l’aimer tout simplement. Alors, elle courut les castings et décrocha enfin en 1939 un joli rôle dans la comédie d’Howard Hawks Seuls les anges ont des ailes, elle y est délicieusement rayonnante, dans l’éclat de ses 21 ans, et partage l’affiche avec la star masculine du moment, Cary Grant. Elle confirme ensuite avec Arènes sanglantes en 1941, composant une mondaine subjuguant le beau Tyrone Power. Ses qualités d’actrice ne sont pas faramineuses, mais on sent son potentiel et surtout elle est si belle que ses apparitions laissent une marque très forte dans l’esprit des spectateurs. En trois ans, elle va être engagée dans des comédies musicales où ses danses avec Fred Astaire vont emballer l’Amérique (et plus tard le reste du monde pour le moment en pleine guerre), parmi ses succès au box office on retient surtout L’amour vient en dansant et La Reine de Broadway. Le tandem avec Astaire fut sûrement un des souvenirs les plus forts de sa carrière, elle admirait profondément l’homme et l’artiste qu’il était. Ensuite elle pose en couverture du magasine Life et sa beauté incomparable va interpeller un certain Orson Welles, jeune réalisateur d’un film démentiel et ayant révolutionné le cinéma, Citizen Kane. Séance tenante, il fait tout pour la rencontrer, la séduire et ils tombent follement amoureux l’un de l’autre. Un vrai conte de fées aboutissant à un mariage romantique, célébré en 1943. L’union de la Belle et de la Bête, disent déja certains: comprenez l’alliance du physique et de l’intellectuel. Ce qui suggère clairement que Rita passe pour une gentille comédienne écervelée, surtout enviée pour son aura extérieure.

La consécration pour elle va être atteinte avec son rôle dans Gilda, un film d’espionnage exotique au script plutôt compliqué, mais où elle dynamite tellement l’écran de sa flamboyance que tout le reste n’est que fadeur. Sa célèbre séquence où elle entonne Put the Blame on mame, en mimant un chaste strip tease (en fait elle n’enlève que ses longs gants noirs) en fait une Star instantanément. Ce personnage de femme fatale sera son Graal et sa victoire, mais aussi son tombeau quelque part, puisque toute sa vie les hommes qu’elle croisera n’auront de cesse que de la confondre avec cette image, ce fantasme de pellicule purement fictionnel. Même Welles commence à jalouser cette épouse qui devient plus fêtée que lui, lui volant la vedette partout, dès lors leur relation en pâtit et il finit par la tromper, la délaisser, et la renvoyer à cet éternel sentiment d’insécurité et de culpabilité, qu’elle cultive depuis son plus jeune âge. Alors qu’ils sont en pleine crise de couple, Welles lui offre un magnifique cadeau (d’adieu?) avec le film noir La Dame de Shangai. Tourné en 1947, ce chef d’oeuvre du polar américain est resté dans les mémoires en grande partie pour sa séquence finale, dans laquelle Rita connait un sort tragique dans une galerie de miroirs, reflétant son image brisée comme un trompe l’oeil hollywoodien, funestement prémonitoire. Elle a sacrifié sa crinière rousse anthologique pour incarner cette femme de mauvaise vie à la chevelure blonde platine, qui lui sied comme un gant. Elle y est étourdissante. Hélas, le film est un échec et ne va pas arranger sa côte auprès des producteurs.

Son divorce d’avec Welles fit grand bruit, elle resta seule quelques mois puis entama une liaison avec Ali Khan en Europe, un prince faussement charmant, elle se laissa influencer par ses dorures, ses apparences, son langage délicat et voulut croire à l’Amour. Nouvelle erreur, ce nouveau mariage lui offrit deux filles mais après ça, guère plus de bonheur à trouver auprès d’un homme évaporé, fêtard, et infidèle. Elle le quitta et revint à Hollywood, après avoir déserté les studios presque cinq ans, elle ne fut pas la bienvenue, même si à seulement 34 ans, elle avait toujours un visage extraordinaire et une photogénie intacte: aussitôt Cohn lui remet la main dessus et lui fait tourner une pâle copie de Gilda, L’affaire de Trinidad, elle y exécute une salsa provocante et hautement suggestive pour l’époque. Après ce retour indigne d’elle, Rita trouve quelques rôles à défendre comme dans Salomé en 1953 et dans La Belle du Pacifique , le problème provient de scénarios d’un mauvais goût évident et d’un kitsch insondable que le public a vu mille fois avant et en mieux! Alors, bien entendu les propositions se font plus rares, aucun grand réalisateur ne fait appel à elle, sûrement convaincus à tort qu’elle n’est pas capable de jouer de la vraie tragédie. Ainsi le superbe rôle de Maria Vargas dans La comtesse aux pieds nus et qui aurait été parfait et très proche de sa destinée lui échappe à l’avantage d’Ava Gardner, un peu plus jeune qu’elle. A l’aube de ses 40 ans, elle se bat avec Khan pour la garde de ses enfants, elle tombe doucement mais sûrement dans l’engrenage de l’alcool, croyant pouvoir fuir la réalité, et même sa carrière se délite dans des séries B moyennes (La Blonde ou la Rousse ou le western Ceux de Cordura). Un quatrième mariage se solde par un nouveau désastre, puis un cinquième avec le chanteur Dick Haymes, vrai crooner mais faux mari alcoolo lui aussi et joueur invétéré, donc violent à ses heures. Bref, elle coche les mauvaises cases et termine la décennie 50 assez mal en point. On la retrouve encore pourtant dans le huis clos dramatique Tables Séparées , au milieu d’autres vedettes, incarnant une quadragénaire fragile, seule et effrayée par son avenir incertain. Un bon rôle montrant ses capacités à émouvoir, mais qui malheureusement va rester lettre morte.

Au milieu des années 60, Rita tente un come back auprès de John Wayne dans Le Plus Grand Cirque du Monde , acceptant de jouer la mère de Claudia Cardinale (!!) et devant renoncer à sa splendeur d’antan. Son visage accuse déja à 45 ans les excès de l’alcool, des anti dépresseurs et des vitamines à haute dose qu’elle avale pour « tenir le coup ». Elle connait des périodes de grande solitude, et même lorsqu’elle est en couple avec un homme, ça ne dure guère longtemps, elle ne parvient pas à dénicher la perle rare qui saurait la stabiliser, la protéger, la rassurer quand les lumières des projecteurs s’éteignent. Dans Piège au Grisbi, elle retrouve son partenaire de Gilda, Glenn Ford, à défaut de ne pouvoir renouer avec ce passé qui la hante, ne lui laissant aucun répit. Regrette t’elle ce statut de star adulée? Pas sûr… Elle voudrait surtout trouver un havre de paix, une vie de famille réconfortante, un compagnon de route fiable, mais le souvenir de son père tyrannique, violent, continue de la blesser et de l’anéantir. En 1971, elle participe à une production française La Route de Salina , le rôle est secondaire mais tant qu’elle travaille, elle ne se réfugie pas dans sa lente déchéance et elle a l’illusion de pouvoir servir un peu à quelque chose. Tout bascule à partir de 1973, son dernier film intitulé La Colère de Dieu est un calvaire de chaque instant, elle n’arrive plus à se concentrer, à apprendre son texte, semble égarée au milieu d’une équipe de tournage attristée d’assister à son état préoccupant. Bien sûr, comme physiquement elle n’a pas de symptômes, personne ou presque ne songe à lui conseiller de consulter et elle plonge dans un déni, accentué grandement par son ivresse chronique. Les années suivantes vont hélas confirmer qu’elle souffre d’un mal encore peu connu: l’Alzheimer.

En 1976, elle fait la une des tabloîds pour une bien triste affaire: elle a été prise d’une violente crise de démence à bord d’un avion la menant à Londres et elle s’est mise à insulter le personnel , déclenchant une panique générale. Depuis quelques mois, elle se perd dans des lieux qu’elle connait pourtant par coeur, elle passe de l’apathie à des discours volubiles à la diction confuse, et pire elle oublie qui sont ses proches. Orson Welles la croise dans un hall d’hôtel, l’aborde pour parler du bon vieux temps, mais elle ne le reconnait même pas, lui qui fut son grand amour. Celle qui fut la resplendissante étoile des GI’s adorant épingler sa photo au dessus de leur lit et celle qui faisait tourner la tête des mâles de la planète avec ses jambes interminables et son sourire de vamp inoubliable glissait progressivement dans les ténèbres de cette maladie effroyable. Incapable de s’occuper d’elle seule, Rita fut placée sous tutelle et c’est Yasmina, sa fille, qui veilla sur elle dès 1981, lorsque les médecins rendèrent leur terrible diagnostic. Une triste fin pour cette femme à la vie tourmentée, qui méritait d’être vue autrement que comme un symbole sexuel, et dont probablement on a pas assez reconnu les talents d’actrice réels. Elle s’éteint à New York en mai 1987, à seulement 68 ans, la petite fille qu’elle était restée au fond d’elle même fut enfin délivrée de ses démons. Lors de ses moments de lucidité, elle devait certainement se rappeler de la jeune Margarita, cherchant à être une fille bien, une dont le père pourrait être fier. Lui qui n’avait eu de cesse que de saccager sa douceur, lui ouvrant un boulevard vers l’enfer.

 

Gilda
1946
réal : Charles Vidor
Rita Hayworth

 

 

 

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