Ex-call-girl, Gloria Swenson connaît bien le milieu de la pègre pour avoir été la maîtresse de quelques gros bonnets. Solitaire, revenue de tout, elle préfère désormais la compagnie de son chat. Aujourd’hui, dans son immeuble délabré du Bronx, elle frappe chez sa voisine Jerry Dawn pour lui emprunter du café. Mais la mère de famille, affolée, lui demande de prendre son garçon de 6 ans sous sa protection : son mari, comptable, a trahi la mafia en renseignant le FBI. Gloria rechigne mais doit d’accepter : flanquée d’un orphelin, elle qui déteste les enfants et les contraintes, elle prend la fuite…
Après des drames psychologiques puissants comme Shadows, Une Femme sous Influence ou Opening Night, le réalisateur indépendant John Cassavetes accepte de mener une oeuvre de « commande » à bon port et se lance dans ce thriller nerveux entièrement tourné dans les rues de New York. Gloria est donc clairement un film de genre, de celui qui entretient son suspense haletant jusqu’au bout, avec une héroïne « têtue » et pleine de cran prenant la défense d’un gamin orphelin contre de redoutables tueurs de la Mafia, lancés à leurs trousses. Pas de répit dans cette cavale dangereuse où les truands n’ont aucun état d’âme et où une bonne femme sans scrupules se sert de son flingue avec une audace folle. Gloria c’est aussi bien entendu un film émouvant qui traite du lien entre une dure à cuire et un gosse sans famille, tissant une relation complexe entre méfiance, affection, une certaine forme d’amour aussi. Cassavetes aime assez ses personnages pour ne pas faire un simple film policier, il y ajoute une humanité bien de son cru et une approche psychologique subtile. Et il filme sa ville de New York comme un piège se refermant sur ses proies, montre une fuite en avant qui ne peut que mener dans le mur ou au cimetière.
Grandement porté par sa muse et actrice phare, l’immense Gena Rowlands s’empare de ce rôle à bras le corps, énergique comme tout, à l’affût pour ne pas se faire descendre, courant en tous sens pour échapper à des hommes qu’elle mène à la baguette et au pistolet! On la savait géniale dans le registre purement dramatique, elle se révèle grandiose aussi dans l’univers du polar urbain. Le petit garçon qui l’accompagne est interprété par John Adames, ultra doué pour son jeune âge. De la violence sèche et crue aux accents plus lyriques, Gloria cultive une petite ambigüité finale (que l’on ne développera pas ici pour éviter de spoiler), permet à Cassavetes de s’illustrer sur un terrain inédit pour lui et le film a suffisamment été aimé et commenté pour inspirer des scènes entières à des réalisateurs de chez nous (Besson et son Léon ou Eric Zonca et Julia).
ANNEE DE PRODUCTION 1980.



